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Mobilité, l’Occitanie fait entendre sa voix

La journée du 4 octobre dernier a vu de nombreuses personnalités politiques, économiques et de la société civile de la région Occitanie se mobiliser en faveur des transports publics et, en particulier, de la ligne à grande vitesse (LGV) depuis Bordeaux. À cette occasion, le Président de la CCI Occitanie a insisté sur la dimension économique et d’équité territoriale de la mobilité.

 

Le colloque « La grande vitesse pour le Grand Sud-Ouest » a confirmé une convergence totale de points de vue entre élus des collectivités territoriales, dirigeants d’entreprise, présidents de syndicats professionnels et des chambres consulaires. Quels sont les enjeux qui expliquent cette unité ?

ADI : L’Occitanie a la première balance commerciale des régions françaises, la deuxième croissance en termes de PIB, la deuxième croissance démographique… Nous sommes, en termes de dynamisme et de performance, un TGV (Territoire à Grande Vitesse) ! Notre présence sur les podiums dans de très nombreux domaines est le fuit du travail, du talent et de l’engagement des entreprises et de leurs salariés, c’est-à-dire les citoyens d’Occitanie. Aujourd’hui, l’annonce faite sur la suspension de ce projet revient à nous dire que sur les 66 millions d’habitants que compte notre pays, seuls les 6 millions d’Occitans seront à plus de 4 heures de train de Paris. Ce n’est pas l’idée que nous nous faisons de l’égalité des chances pour les territoires. Si l’on ajoute à cela que l’État revient sur des engagements pris il y a plus de 10 ans et que les élus de nos territoires ont été nombreux à financer la LGV entre Tours et Bordeaux parce qu’on leur avait promis que Bordeaux-Toulouse suivrait, nous éprouvons collectivement un vif sentiment d’injustice, voire de colère. Car la réalisation des Lignes à Grande Vitesse ferroviaires constitue un enjeu majeur de développement économique et d’aménagement de notre territoire. La LGV permettra une liaison ferroviaire Paris-Toulouse performante avec un temps de trajet de 3 h 10 -au lieu de 4 h 20 minimum actuellement- et une liaison avec Bordeaux en une heure. Elle permettra le transport de 3 millions de voyageurs supplémentaires par an via un mode de transport sûr et respectueux de l’environnement. Elle devra aussi permettre une connexion vers le Sud Toulouse-Narbonne-Perpignan-Barcelone et Toulouse-Narbonne-Montpelier-Marseille ou Lyon. Notre région mérite un système ferroviaire performant et rénové pour les décennies à venir. Si nous n’obtenons pas la confirmation du financement de la LGV, d’autres en bénéficieront et nous resterons à l’écart des nouveaux grands courants d’échanges créés par la grande vitesse ferroviaire ailleurs en France et en Europe. Pour ne parler que de l’aspect économique, c’est une forme de distorsion de concurrence inacceptable.

 

Le gouvernement a annoncé sa volonté de ne plus investir dans de grandes infrastructures pour se consacrer, principalement, aux transports du quotidien et à l’entretien de l’existant. Qu’en pensez-vous ?

ADI : Qu’il ne peut y avoir de retour sur investissement sans politique d’investissement cohérente, c’est-à-dire continue. Notre territoire aurait-il la chance de pouvoir compter sur un fleuron comme Airbus si les décideurs politiques de l’époque avait considéré uniquement un jour sur deux que ce projet était structurant pour l’ensemble de l’économie européenne ? Idem pour le spatial ? La réponse est non ! Les chefs d’entreprise que nous sommes ne peuvent qu’être sceptiques, pour ne pas dire plus, face au principe même du moratoire décidé sur l’investissement dans les grands projets d’infrastructures ferroviaires. Ce type de décision revenant sur des engagements pris par l’État il y a 10 ans ne va, hélas, absolument pas dans le sens de la visibilité et la stabilité nécessaires au développement économique et social de notre pays. Enfin, je terminerai en partageant l’étonnement de mes concitoyens quant à cette opposition « transports du quotidien » versus « Grande Vitesse ». Outre que de nombreuses personnes utilisent le TGV quotidiennement, il ne faut pas opposer la LGV et les transports du quotidien : les deux sont nécessaires et indispensables.

 

Cette annonce, si elle était confirmée, hypothéquerait également les retombées économiques induites par ce chantier d’envergure sur notre territoire. Comment se répartissent celles-ci ?

ADI : Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en termes de retombées économiques du chantier, on table sur 10 000 emplois générés (4 000 emplois directs liés à la construction de la ligne, 4 000 emplois indirects concernent la fabrication des fournitures et des matériaux nécessaires à la construction et 2 000 emplois induits). Pour parler de ce qui existe déjà, d'après une étude réalisée par l'observatoire économique de la ligne Tours-Bordeaux, pour un euro investi, 3,42 euros de production sont générés dans l'économie française. Enfin, selon l’observatoire socio-économique de LISEA, pour 1 emploi occupé chez le constructeur, la construction de la LGV Sud Europe Atlantique a généré 1 emploi chez les sous-traitants et les fournisseurs locaux et 0.44 emploi induit localement. Nous obtenons donc un coefficient multiplicateur de 2,44. On le voit, l’impact économique d’un tel chantier est réel et rapidement mesurable.

 

On considère très souvent l’enjeu de la mobilité sous l’angle des infrastructures. La mobilité peut aussi être abordée sous l’angle filière. Pensez-vous qu’il existe une opportunité pour l’Occitanie de devenir un territoire d’excellence, aussi, sur la filière mobilité ?

ADI : C’est exact, la mobilité est souvent considérée sous le seul angle des infrastructures. Et il est tout aussi exact de considérer que l’Occitanie a de nombreux atouts pour faire émerger une véritable filière de l’ingénierie des transports et de la mobilité de demain. J'en suis convaincu. Toulouse est mondialement connue comme étant la capitale de l’aéronautique. Grâce à l’expertise de notre écosystème dans les domaines de l’ingénierie, de la modélisation, de la simulation, de l’internet des objets et de l’intelligence artificielle, nous pourrions devenir une capitale de l’ingénierie des transports. L’arrivée de Renault, de Siemens et du géant californien Hyperloop indique que cette perspective prend corps. La CCI Occitanie se mettra bien sûr au service de l’émergence de cette nouvelle filière.

La mobilité est très souvent considérée sous le seul angle des infrastructures. Dans le cas de l’Occitanie, cette vision réductrice relève de l’erreur d’appréciation car nous avons tout pour faire émerger une véritable filière en devenant un leader de l’ingénierie des transports et de la mobilité de demain.
Alain Di Crescenzo, Président de la CCI Occitanie

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